Proverbes : les enseignements africains d’antan

Feu de veillée nocturne – Crédit : Canalblog

Ma littérature est caractérisée par l’oralité, même si l’Afrique antique a été le berceau de l’écriture. Les connaissances sont restées gravées dans la mémoire des anciens qu’on appelle les « détenteurs ». Ces détenteurs de la parole étaient pour la plupart des griots. Ils se chargeaient de transmettre les connaissances à la génération future. Ils servaient aussi de conseillers à la cour royale et à toute la population, d’où l’assertion de l’auteur malien Hampâté BÂ : « En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle ». Mais cela commence à perdre son sens, car les enseignements africains connaissent un faible intérêt aujourd’hui.

Dans les confins africains, on apprenait aussi bien l’éthique que les connaissances scientifiques. C’est au clair de la lune, autour d’un feu de bois que les personnes âgées réunissaient les enfants pour leur dispenser des enseignements sur les comportements dans la société. A cette veillée nocturne s’y enseignaient le respect, la sagesse, la méfiance, la modestie, la dignité, le contrôle de soi, le respect de la femme et des personnes âgées, à travers des énigmes, des proverbes et des contes.  En plus de ces veillées, les jeunes gens étaient initiés aux techniques de chasse et de survie, à la botanique, à la médecine. Ils étudiaient les plantes et leurs caractéristiques, afin qu’ils puissent identifier les plantes qui entrent dans l’alimentation et celles qui entrent dans la thérapie. En Afrique, un adolescent est capable de soigner certaines maladies rien qu’avec les plantes. Les jeunes filles étaient initiées entre autres à la poterie, au tissage, à la culture maraîchère, au crépissage. La métallurgie, science des métaux, était enseignée dans les castes de forgerons.

Parmi ces vecteurs d’enseignements, il y a les proverbes. Ce sont des métaphores courtes qui résument des pensées. Je vous en propose certaines en Mandenkan (malinké) :

  • Loumô Ba gbèdèn bokèlala Gnagna ma Ayé Bo Bô Makônô lalé = Si pressée soit la mouche, elle doit attendre que sorte l’excrément (C’est l’enseignement à la la patience)
  • Ni li lôyé ila fo iyé likississè labonni mina ima =  Qui veut du miel doit avoir le courage d’affronter les abeilles (Cela enseigne à l’enfant qu’on doit assumer ses actes, donc bien réfléchir avant d’agir pour éviter les surprises et le regret)
  • Ba yé Binn tèla A sidi diyalé = La chèvre broute là où elle est attachée (Il faut pouvoir faire avec les moyens de bord. C’est l’enseignement qui prépare moralement l’enfant à se débrouiller tout seul dans des situations qui se présentent)
  • Missi mèn yé kouléla ka bâ magbèn Djilô té wola = Parmi les bœufs qui vont s’abreuver à la rivière, ceux qui beuglent n’ont pas soif (C’est l’enseignement de la méfiance envers les personnes discrète ou timide)
  • Môté ila fè kônô dji tôh labonna ko ba san birifin = Ne jette pas la provision d’eau qui croupie dans ta calebasse parce que la pluie s’annonce ( Ne pas abandonner ce qu’on a pour quelque chose qu’on aura probablement pas)
  • Konko té mô fouala djiitè lé mô fouala = La faim ne tue pas, c’est le désespoir qui tue ( Celui est un proverbe très profond et riche en signification. Il enseigne l’optimisme et le courage dans les pires situations)
  • Kouma yélé yo sissè dén aba bé abara ban = La parole est comme un œuf : si elle tombe, elle ne peut se reprendre (Il faut choisir où, quand et comment s’exprimer. C’est un enseignement sur l’art de parler)
  • Nniyé sôbô djéni nin la tôrô ya lonkorôn i ila anôrô =  Si tu ignores le courage de la brochette sur la grille, remplace-la un moment (Pour comprendre ou juger des peines d’autrui, il faut être dans leur situation)
  • Mô yé lé yo fèfè italon fo iba bila i nèn kan = L’homme est comme le poivre, tu ne le connais pas avant de l’avoir mis sur la langue  (La méfiance sur l’être humain)
  • Fénfén lonnin abè dila londo = Tout ce qui est debout se couchera un jour (C’est l’enseignement sur la fin de l’Homme. Qui que tu sois, tu mourras un jour)

Tells sont certains éléments de la pensée africaine, qui s’inclinent malheureusement devant la philosophie occidentale, pour qui ces proverbes sont souvent mal contextualisées.

Ensuite, vient l’enseignement de nos langues et écritures. C’est une problématique majeure à laquelle l’Afrique doit faire face. Si le peuple africain est dans une certaine ignorance de ces vieux enseignements, c’est parce que la langue d’apprentissage et d’information est étrangère et complexe pour bon nombre d’Africains. Il n’y a pas de mécanismes de retranscription de ces choses dans nos langues et la qualité des Hommes est appréciée par rapport à la langue étrangère. Nos pays n’ont quasiment pas de programme d’intégration de nos langues régionales dans les systèmes éducatifs. La promotion de la langue étrangère est aujourd’hui plus qu’importante pour les pays africain que celle de nos langues. L’intégration des langues africaines dans les technologies de l’information et dans nos systèmes éducatifs est substantielle pour l’émancipation. Il n’est pas forcément question « d’africaniser » tout ce qu’on fait ou d’adopter une sorte d’autarcie culturelle, il est question de revisiter nos propres connaissances et manières, tout en évoluant avec le reste monde.

Tant que le système éducatif est calqué sur celui de l’Occident et que la langue étrangère est baromètre de l’intelligence, nous allons en reculant.

 

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