Le procès Société /c Couche Juvénile (Black So Man)

Black So Man – artiste chanteur Burkinabé

La société pointe sans cesse du doigt le monde juvénile comme responsable de tous les maux dont elle souffre. Certes, il est l’auteur direct de la plupart des maux sociaux (viol, vol…) mais ceci est sans doute le ricochet du dérapage éducatif dont il est victime. C’est pourquoi dans cette parodie de procès (Société /c Monde Juvénile), chantée par l’artiste burkinabé Black So Man (décédé en 2002), l’accusé dénonce les responsables premiers de ce dérapage éducatif. A mon tour, je me serre de ce procès pour dénoncer la démission des parents et du pouvoir public dans l’éducation et la protection des enfants. Je m’en serre également pour faire un peu de droit dans le blogging 😀 et rendre hommage à Black So Man .

Black So Man racontait :

J’étais à un procès où le présumé accusé avait pour nom le monde juvénile. Accusé d’être l’auteur ou le co-auteur d’un mal social, quel genre de mal social ? L’insécurité !

À l’ouverture du procès, le plaignant (La société) donne le ton en ces termes, je cite:
« Je souffre d’un mal qui n’est autre que l’insécurité dont l’auteur sans doute s’appelle le monde juvénile, qu’il me rende des comptes car j’en ai vraiment ras-le-bol» fin de citation.

Le président du tribunal : « Monsieur l’accusé, levez-vous !
Reconnaissez-vous les faits qui vous sont reprochés ?
Dans tous les cas mon cher accusé, nous t’écoutons »

Un silence de deuil d’un martyr envahit toute la salle, la version de l’accusé est vivement attendue.

L’accusé prend la parole en ces termes : « Je vous remercie Monsieur le Président, je vous remercie pour l’occasion que vous m’offrez de parler au nom de toutes les victimes du dérapage éducatif et de la traîtrise des politiciens. Combien sont-ils, mes frères et sœurs qui, dès le bas-âge sont mis dans les rues par leurs parents, soi-disant qu’ils sont grands, qu’ils peuvent maintenant se débrouiller ?
C’est pourquoi vous verrez Monsieur le Président, des adolescentes pratiquer le plus vieux métier du monde, au grand plaisir du Syndrome d’Imino-Déficience Acquise. C’est pourquoi vous verrez également, des adolescents gangsters, parce qu’éduqués dans la rue. Sans calcul, mathématiquement, cher président, voici la part de culpabilité de nos chers parents. »

Pour étayer les arguments de l’accusé je cite le deuxième paragraphe du septième principe de la déclaration des droit de l’enfant, qui dit que : « L’intérêt supérieur de l’enfant doit être le guide de ceux qui ont la responsabilité de son éducation et de son orientation; cette responsabilité incombe en priorité à ses parents.»

L’accusé poursuit en ces termes : « Hier nous étions sous le soleil grillant, Black So Man (désignant les présidents africains) au pouvoir parce qu’il nous avait promis le paradis; aujourd’hui nous sommes sous le même soleil. Black So Man démissionne parce que tu as trahi la cause.

Tu as vraiment fait une déviation idéologique, de la démocratie à l’autocratie !
Le trésor public est privatisé !
Les fonctionnaires ne sont plus bien payés !
Le taux de chômage augmente de jour en jour !
Les étudiants sont martyrisés !
La misère se lit sur tous les visages !
Sans avoir peur de prison, ni de l’élimination physique, voici la part de culpabilité de nos chers dirigeants. L’arme revendicatrice des droits d’un bébé est son cri perturbateur du clame de ses parents. »

Il conclut : » En conclusion je dis, mon cher président, je reconnais être la fumée gênant la visibilité et les flammes précitées en sont l’origine !

En vertu des pouvoirs qui vous sont conférés, je dis :
Arrêtez qui de droit ;
Punissez les vrais auteurs ;
Destituez qui de droit ;
Sanctionnez les vrais auteurs ;
Car nul n’est au-dessus de la loi !  »

Accusé d’être auteur de l’insécurité, il se défend par certains faits qui sont de la responsabilité de d’autres couches de notre société qu’il est depuis la base victime de dérapage éducatif et de l’absence de protection sociale. Et il a en sa faveur le sixième principe de la déclaration des droits de l’enfant, qui dit que : « L’enfant, pour l’épanouissement harmonieux de sa personnalité, a besoin d’amour et de compréhension. Il doit, autant que possible, grandir sous la sauvegarde et sous la responsabilité de ses parents et, en tout état de cause, dans une atmosphère d’affection et de sécurité morale et matérielle; l’enfant en bas âge ne doit pas, sauf circonstances exceptionnelles, être séparé de sa mère. La société et les pouvoirs publics ont le devoir de prendre un soin particulier des enfants sans famille ou de ceux qui n’ont pas de moyens d’existence suffisants. Il est souhaitable que soient accordées aux familles nombreuses des allocations de l’État ou autres pour l’entretien des enfants. »

Disons que dans ce procès, le citoyen plaideur fait un retournement de situation, ce qu’on appelle en droit «une demande reconventionnelle». C’est-à-dire que le défendeur initial prétend obtenir un avantage autre que le simple rejet de la prétention de son adversaire, il peut donc émettre des accusations jusqu’à rendre coupable.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *