Un matin tragique à Kalan (Excision)

Lame d’excision – Crédit : afrique.le360.ma

Ce matin c’est le Kènè dén nabô (jour de l’excision et de circoncision) á Kalan. De bonheur, des jeunes filles et jeunes garçons sont surpris d’être réveillé si tôt. L’annonce leur est faite ainsi par des Kènè Djeli (Pratiquants de mutilation génitale) : « Aujourd’hui les filles deviendront des femmes et les garçons deviendront des hommes. Soyez sage et courageux tout se passera bien. » Les enfants sont regroupés et emmenés sur les lieux de la pratique où ils seront repartis par groupe de sexe par les Kènè Djeli (Pratiquants de mutilation génitale). Même si certaines mères ont fait montre de réticence.

Ils ont entre 4 et 12 ans. Les garçons sont emmenés plus loin hors du village pour d’autres initiations et les filles sont restées au village. Dans le groupe de filles, la première à passer à la lame s’appelle Kèmè. Issue d’une famille de Noumoun (forgeron), elle a 12 ans. Prise entre un groupe de femmes âgées (Mousso Köröba), qui la préparent à endurer l’une des plus grandes douleurs qu’une fille puisse subir.

Terrifiée par ce qui l’attend, elle coule des larmes sans cesse. Dans la foulée se trouvent quelques membres (directes et indirectes) de la famille qui la sermonnent sur la dignité que cet acte ignoble impliquerait (comme s’il en etait question). Une voix disaient : « Ce n’est pas digne d’une fille issue d’une famille de forgeron, de grâce, ne nous fait pas honnir » Et une autre disaient : « C’est un acte garant pour ton avenir en tant que grande fille désormais. Tu sauras t’abstenir des tentations dépravées avant le mariage »

Sans anesthésie, elle est mutilée de force avec une lame probablement pas stérilisée. En plus de la douleur insupportable, elle essuie des insultes et intimidations. Des voix qui disent : « Donnez lui une gifle qu’elle la ferme ». Les autres enfants terrorisées par les cris de Namba, pleurent sans même avoir idée de ce que l’acte implique.

Entrain de saigner de l’ablation, Kèmè est au bout de toutes ses forces, elle dit : « Je suis morte, je ne vivrai plus et cet événement sera la cause ». Des éclatements de rire : « Tu ne mourras pas de toutes les façons ».

L’acte cruel est commis sans pansement, bonjour les infections !! Avec cette plaie, elle remettra ses vêtements comme si de rien n’était. Autour d’elle, des rires de moquerie car ses larmes sont prises une faiblesse peu importe la douleur.

Sans perdre de temps, c’est au tour de la suivante. Il s’agit de Kamissa, une jeune fille de 5 ans. Beaucoup trop jeune pour encaisser ce que vient de subir sa devancière. Elle est exhortée d’ôter son dessous avec un ton très imposant : « Koulissi bô djonna ! »

La Kènè djeli entame la mutilation avec beaucoup plus de cris et de mouvements que la première. Le capuchon clitoridien coupé, Kamissa saigne de trop, tout le pagne est trempé de sang. Un silence de cimetière envahit le Bolon, Kamissa ne pleure plus. Elle y est restée.

One thought on “Un matin tragique à Kalan (Excision)

  1. J’ai la chair de poule en lisant ces lignes. Excision, une violence gratuite qu’aucune religion ne recommande fait hélas beaucoup trop de victimes chez nous.
    Merci pour ce billet très bien écrit. Lutter contre cette pratique est un combat que nous devons mener tous.

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