L’Africain, prisonnier de sa propre histoire

L'Almamy Samory TOURE, dernier résistant africain et arrière grand père de Sékou TOURE (1830 - 1900)
L’Almamy Samory TOURE (1830 – 1900), dernier résistant africain et arrière grand-père de Sékou TOURE

Il y a ce que les autres savent et pensent de toi mais le plus déterminant est ce que tu sais et pense de toi-même. L’absence d’estime et de confiance en soi chez l’Africain n’est pas un fait ex-nihilo. L’idée que : « Tout ce qui est du blanc est forcément rationnel et blanc comme la neige ; tout ce qui est du noir est à priori sombre sombre » vient de l’enseignement de son histoire et continue d’être nourrie par les images de nos jours. L’histoire de l’Homme noir a été formatée et pliée à la volonté de l’Homme blanc. Les expressions comme « Africain et fier de l’être » ou « Noir et fier de l’être » sont des effets de l’enseignement de l’histoire. A la présence de la peau blanche le noir est d’une manière ou d’une autre complexé, il ressent donc une sorte d’obligation de relever son image. 

Rien que ce mercredi 26 octobre 2016, un black vint se renseigner au près de moi sur la destination d’un bus relais. Après l’avoir renseigné, il est parti demander à quelqu’un de peau blanche qui lui a donné la même indication que moi. Je me trompe peut être mais quelque chose me dit qu’il voulait une confirmation du blanc pour être sûr de ma réponse. Depuis à bas âge, il lui a été enseigné qu’il est un être moyen pour ne pas dire inférieur. Il n’a non seulement pas confiance en lui, mais n’accorde pas non plus de crédibilité à tout ce qui vient de semblable de couleur.

En effet, la version occidentale de l’histoire enseignée aux africains continue de nous inculquer que le noir n’a jamais rien accompli, ni pour lui, ni pour l’humanité. Que l’Homme noir a toujours été soumis, habillé par l’Homme blanc et que nous n’avons connu la civilisation qu’à l’arrivée du blanc. Toute l’histoire d’une race réduite à l’esclave : Ancêtres marqués et vendus comme du bétail, travailleurs dans les plantations de cannes à sucre… Il y a également le déséquilibre dans l’enseignement africain, nous apprenons plus du blanc que de nous-même. L’élève ou l’étudiant africain a plus de connaissance sur l’histoire et les pays occidentaux que de l’Afrique. En plus de cette version de l’histoire, les films, série-télé, panneaux publicitaires et les réseaux sociaux continuent de garder le noir africain dans son paradigme noir.

Problèmes 

– L’enseignement de la version occidentale de l’histoire africaine aux africains

– Il y a de plus en plus d’enseignement de l’histoire et civilisation occidentale que d’enseignement de l’histoire et civilisation africaine

– Nous laissons le soin aux autres d’écrire tout sur nous, de nous apprendre tout sur nous-même

Que faut-il faire ?

Pour pouvoir décomplexer le noir africain et d’ailleurs, il faut restaurer notre histoire, enseigner que l’histoire du continent ne date pas de l’esclavage, que nous avions nos civilisations et sciences. Il faut enseigner certains éléments déterminants qui ont été formatés. Il faut enseigner aux africains que :

  • L’Afrique a connu l’une des premières chartes des droits de humains autant que la Magna carta, la charte de Kouroukan Fouga au XIIIe siècle.
  • Que nous avons connu de grandes figures, des combattants qui ont combattu la France au XIXe siècle, bataille de Woyowanko en 1882. Des hommes comme Samory TOURE, qui ont appliqué des stratégies de guerres intelligentes comme « la tactique de  la terre brulée ».
  • Que l’Afrique a connu de grands empires et royaumes organisés comme : le Manden, le Songhaï et la Nubie.
  • Que la femme a eu le pouvoir et la considération en Afrique depuis des siècles. Le royaume de Saba qui s’étendait jusqu’en Asie était tenu par la reine de Saba. Femme sage et puissante, qui savait même manier des armes.
  • Que l’homme le plus riche que le monde n’ait jamais connu depuis des siècles est africain, Kankou Moussa roi de l’empire du Mali.
  • Que les formules et théorèmes mathématiques énoncés par les Pythagore et Thalès sont tirés des mystérieuses pyramides d’Egypte.
  •  Que l’écriture également vient de cette Egypte : « les hiéroglyphes ».

Dommage que l’Africain puisse mieux parler de Napoleon et d’autres rois blancs que de Samory ou Behanzin. Même l’Afrique contemporaine a connu de brillants hommes qu’on a tendance à oublier. Les hommes comme Cheick Anta Diop ont défié le mensonge occidental sur l’Egypte antique malgré les obstacles, pour restaurer la vérité de l’histoire noire. Beaucoup diront que l’histoire n’est pas importante mais elle peut changer la vision des choses. «Comprendre le passé pour pouvoir vivre le présent » a un sens dans la mesure où la restauration de l’histoire permettra aux noirs d’être décomplexé et de ne plus ressentir l’obligation de nettoyer son image aux yeux des autres. L’idée n’est pas de faire savoir aux autres qui nous sommes ou qui nous étions d’antan, mais de savoir nous-même qui nous sommes.

 

3 thoughts on “L’Africain, prisonnier de sa propre histoire

  1. Félicitations pour parfait billet de blog, cela m’a attiré autant parce que je partage particulièrement ton avis.
    Cet article devrait vraiment être lu par beaucoup de personnes surtout celles qui n’ont pas la faculté de penser comme toi, Diakité.

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